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« Chaque fois que je parviens, en remontant peu à peu de l’extérieur vers ma solitude, à me délier des serments prêtés aux villes, aux femmes et aux spectacles, j’obtiens un coin de province dont le moindre signe me sauve de la détresse. »
Initialement paru en 1928, dans la collection Portrait de la France (réunissant Emmanuel Bove, Pierre Mac Orlan, Paul Morand, Jean Giono…), Vallée du Doubs, tout en accomplissant sa mission pittoresque, est un magnifique texte philosophique et nostalgique, d’une grande élégance, sur l’attachement d’une jeunesse cosmopolite et aventureuse au souvenir de sa province dont l’auteur pressent déjà les mutations. À l’heure où la rivière Doubs, épine dorsale de toute une région, s’assèche désormais chaque été sur plusieurs kilomètres, comme un signe tangible du changement climatique, Vallée du Doubs possède une force évocatrice rare et universelle qui fera écho auprès de tous les lecteurs.
André Beucler (Saint-Pétersbourg, 1898 – Nice, 1985) est un écrivain aux mille facettes et cent métiers. Blessé en 1917, résistant en 1939, il est presque impossible de résumer une vie trépidante, dont la richesse d’amis, de voyages, de rencontres, nous semble aujourd’hui sidérante. Dès 1925, il fait une entrée fracassante en littérature avec la Ville anonyme (L’Imaginaire, Gallimard). S’ensuivront plus de quarante-deux volumes (romans, essais, portraits, souvenirs) dont Gueule d’Amour en 1926, resté célèbre pour être incarné au cinéma par Jean Gabin, et Vallée du Doubs présenté ici.
« Cette rencontre est pour moi, comme une collision. La force de cet instant est proprement indescriptible. Ce morceau de pays, mon pays, celui que je connais, arraché à sa terre par la puissance de la peinture, transposé là, à des milliers de kilomètres, est l’un des plus grands chocs de toute mon existence. »
Affût discret, écoute silencieuse, accompagnement du guide qui connaît les pas, observation, fulgurance poétique et évocation animalière, jusqu’à fouiller la matérialité de la Nature elle-même.
Après trois livres mêlant fiction et éléments de biographie, Frédérique Germanaud adopte ici, d’une façon assez inédite, une approche de l’écriture directe et sans fard.
La normalité embue / elle se croit le seul univers vivable / je lui paie son écot
« Une page arrachée d’un livre descend le courant. Les caractères scintillent. Écailles de l’écrivain ». Jean Messagier
“J’ai dessiné la roche creusée par un filet d’eau rectiligne. Elle ressemble à un crâne dépouillé de cheval mort. Le trait s’impatiente, la saison passe, l’eau se perd avant d’attendre la pointe.”
La baraque sombre était un peu un ventre, une coque tendue avec un jardin buissonnant, une coque silencieuse, hormis les chants d'oiseaux. Elle me porterait, me nourrirait, me protégerait. Un jour je renaîtrais.
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