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“J’ai dessiné la roche creusée par un filet d’eau rectiligne. Elle ressemble à un crâne dépouillé de cheval mort. Le trait s’impatiente, la saison passe, l’eau se perd avant d’attendre la pointe.”
On est face à un magnifique témoignage d’un engagement intime et total, au cœur d’une nature étrange (la fameuse reculée de Baume-les-Messieurs et son patrimoine géologique et historique) qui pose justement la question ; « Qu’est-ce que l’engagement artistique ? » sur la durée d’une vie entière, au-delà de la qualité intrinsèque de l’œuvre plastique. Il s’agit d’un projet littéraire réalisé à partir des cahiers manuscrits de Josette Coras découverts après sa mort ; le corpus final, composé d’extraits de ces carnets, poétiquement ordonnés et sélectionnés par Dominique Daeschler et Sylvie Roy Lebreton (coauteurs), est complété par un avant-propos, une postface et un appareil de notes.
Josette Coras (1926-2008), dessinatrice, plasticienne, graveuse et sculptrice, animatrice de la vie artistique jurassienne, a habité pendant cinquante ans le logis abbatial de l’Abbaye de Baume-les-Messieurs, arpentant la reculée et les paysages environnants, sources d’inspiration et de réflexion.
Photo de Josette Coras par Claudine Kindt, réalisée lors de la préparation du livre de 2008 : Josette Coras, quelques années à Baume, regards croisés.
« Cette rencontre est pour moi, comme une collision. La force de cet instant est proprement indescriptible. Ce morceau de pays, mon pays, celui que je connais, arraché à sa terre par la puissance de la peinture, transposé là, à des milliers de kilomètres, est l’un des plus grands chocs de toute mon existence. »
Affût discret, écoute silencieuse, accompagnement du guide qui connaît les pas, observation, fulgurance poétique et évocation animalière, jusqu’à fouiller la matérialité de la Nature elle-même.
Après trois livres mêlant fiction et éléments de biographie, Frédérique Germanaud adopte ici, d’une façon assez inédite, une approche de l’écriture directe et sans fard.
La normalité embue / elle se croit le seul univers vivable / je lui paie son écot
« Chaque fois que je parviens, en remontant peu à peu de l’extérieur vers ma solitude, à me délier des serments prêtés aux villes, aux femmes et aux spectacles, j’obtiens un coin de province dont le moindre signe me sauve de la détresse. »
« Une page arrachée d’un livre descend le courant. Les caractères scintillent. Écailles de l’écrivain ». Jean Messagier
La baraque sombre était un peu un ventre, une coque tendue avec un jardin buissonnant, une coque silencieuse, hormis les chants d'oiseaux. Elle me porterait, me nourrirait, me protégerait. Un jour je renaîtrais.
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